lundi 10 novembre 2014

En Catalogne, Madrid dénonce un « acte stérile », les indépendantistes se mobilisent


Les nationalistes catalans se sont fortement mobilisés dimanche 9 novembre, lors d'un vote symbolique sur l'indépendance de leur région, organisé en dépit de son interdiction par le tribunal constitutionnel, qui l'a suspendue à la demande de Madrid.
Vers 18 heures, soit deux heures avant l'heure prévue de fermeture du vote, presque deux millions de personnes avaient participé à ce scrutin, selon l'exécutif catalan. Aussitôt après la diffusion de ces chiffres de participation, le ministre de la justice, Rafael Catala, a dénoncé un acte « de propagande stérile et inutile », sans « validité démocratique ».

Quelque 5,4 millions de personnes âgées de 16 ans et plus, ou résidant depuis un à trois ans en Catalogne pour les étrangers, pouvaient répondre à ces deux questions jusqu'à 20 heures : « Souhaitez-vous que la Catalogne soit un Etat et si oui, doit-il être indépendant » ?

QUELQUES INTERPELLATIONS

Dans la journée, cinq personnes ont été interpellées à Gérone, dans le nord de la Catalogne, après avoir dégradé l'un des bureaux de vote, a annoncé la police. Des manifestants ont fait irruption dans le bureau installé dans l'école hôtelière de la ville, insultant des électeurs et détruisant des urnes en carton et du matériel de vote.

Ils ont été interpellés, puis laissés libres dans l'attente de leur comparution devant un juge. Ils seront poursuivis pour violences, troubles à l'ordre public et pour les dégradations.


DES RÉSULTATS À PRENDRE AVEC PRUDENCE

Samedi, le président du gouvernement, Mariano Rajoy, avait minimisé l'importance de ce vote, assurant qu'il n'aurait aucune conséquence. « Ce n'est ni un référendum, ni une consultation, ni quoi que ce soit de ce genre », avait-il insisté en appelant les Catalans à « revenir à la raison ».

Le mouvement pour l'indépendance existe depuis longtemps dans cette province riche, dotée d'une culture et d'une langue propres, mais il a pris de la force ces dernières années de difficultés économiques. En raison de la crise, de nombreux Catalans jugent qu'ils donnent trop à l'Etat et n'en reçoivent pas assez.

Les résultats de cette consultation devront être pris avec prudence, mettent en garde les analystes, qui soulignent que les partisans de l'indépendance seront nombreux à se déplacer pour voter, tandis que les partisans d'un maintien au sein de l'Espagne risquent de boycotter le scrutin.


Source: www.lemonde.fr

dimanche 9 novembre 2014

« Le monde est au bord d'une nouvelle Guerre froide », estime Gorbatchev


Le dernier dirigeant de l'Union soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, a estimé samedi que le monde était « au bord d'une nouvelle Guerre froide », en marge des célébrations marquant le 25e anniversaire de la chute du Mur de Berlin, selon des propos rapportés par l'agence allemande Deutsche Presse-Agentur (dpa).
Dans une allusion manifeste à la crise en Ukraine, l'ancien chef d'Etat, âgé de 83 ans, a ajouté : « Certains disent qu'elle a déjà commencé. » « Souvenons-nous qu'il ne peut y avoir de sécurité en Europe sans le partenariat germano-russe », a-t-il encore insisté au cours d'une manifestation organisée par la Fondation « Cinema for peace » à laquelle il appartient.

Dans un entretien à la Radio Télévision suisse (RTS) qui doit être diffusé dimanche 9 novembre, Mikhaïl Gorbatchev a également estimé que l'on « voit de nouveaux murs. En Ukraine c'est un fossé énorme qu'ils veulent creuser ». A ses yeux, « le danger est toujours là ».

DÉFENDRE LA POSITION RUSSE EN UKRAINE

« Eux, ils croient qu'ils ont gagné la Guerre froide. Il n'y a pas eu de vainqueur, tout le monde a gagné », a-t-il jugé. « Mais aujourd'hui, ils veulent commencer une nouvelle course aux armements. » A la question de savoir s'il utilisait le qualificatif « eux » pour désigner les pays de l'OTAN, l'ancien dirigeant s'est contenté de répondre : « L'OTAN est un instrument qui est utilisé. »

Présent à Berlin tout au long d'un week-end de festivités marquant le 25e anniversaire de la chute du Mur, l'ancien leader soviétique doit s'entretenir lundi avec Angela Merkel. Mikhaïl Gorbatchev, largement crédité d'avoir permis la Réunification allemande, avait déclaré avant son départ pour la capitale allemande qu'il entendait défendre la position du président russe Vladimir Poutine auprès de la chancelière.

« Je suis absolument convaincu que Poutine défend aujourd'hui mieux que quiconque les intérêts de la Russie. Il y a bien sûr dans sa politique de quoi attirer les critiques. Mais je ne souhaite pas le faire et je ne veux pas que quelqu'un d'autre le fasse », a-t-il indiqué.


Source: www.lemonde.fr

mardi 4 novembre 2014

La justice espagnole suspend le vote symbolique sur l'indépendance de la Catalogne



Se dirige-t-on vers un nouveau bras de fer entre Barcelone et Madrid ? Le Tribunal constitutionnel espagnol a interdit, mardi 4 novembre, la consultation symbolique sur l'indépendance de la Catalogne, prévue par le gouvernement régional pour le 9 novembre. Cette décision n'est cependant qu'une suspension temporaire, car la justice devra se prononcer dans un délai de cinq mois sur le fond, c'est-à-dire sur la légitimité de cette consultation, censée remplacer un référendum déjà suspendu par le même tribunal le 29 septembre.
Mais, en dépit du blocage par la justice, le gouvernement catalan a immédiatement annoncé maintenir la consultation. Le porte-parole de l'exécutif de la région, Francesc Homs, a de surcroît annoncé « la saisine du Tribunal suprême » pour dénoncer l'« atteinte au droit de participation, à la liberté d'expression et à la liberté d'opinion » par le gouvernement.

Le président catalan, le nationaliste conservateur Artur Mas, avait décidé d'organiser cette consultation symbolique supervisée par des bénévoles, sans recensement électoral et sans commission électorale, en espérant faire un coup politique pour démontrer que les Catalans sont de plus en plus nombreux à vouloir faire sécession.

UN RÉFÉRENDUM QUI NE DIT PAS SON NOM

Le gouvernement espagnol avait saisi vendredi la haute juridiction et lui avait demandé de se prononcer sur la constitutionnalité de cette consultation populaire. Madrid estime qu'il s'agit d'un référendum qui ne dit pas son nom, un type de consultation qui ne peut être organisé que par l'Etat espagnol, assurant par ailleurs que seuls l'ensemble des Espagnols peuvent se prononcer sur l'avenir de la nation.

En septembre, le Tribunal constitutionnel avait déclaré inconstitutionnel un référendum sur l'indépendance de la Catalogne que le gouvernement régional voulait organiser.

Source: www.lemonde.fr

mercredi 22 octobre 2014

La chute du prix du pétrole, "la guerre par d'autres moyens"?



Le prix du pétrole a baissé de 25% en quatre mois. Certains pays exportateurs accusent l'Arabie saoudite, premier exportateur mondial, de manipuler les cours du brut. Avec l'assentiment des Etats-Unis, ou pas. Explications.


La brusque baisse des cours du brut ces derniers mois après trois années de stabilité est-elle due aux seuls équilibres du marché? Peut-être pas. Certes, le ralentissement de l'économie mondiale, en particulier en Chine, "l'atelier du monde", contribue à freiner la demande. Certes, avec l'essor de leur production de pétrole de schiste, les Etats-Unis n'ont plus besoin d'importer d'or noir. Certes, le pétrole libyen et irakien a recommencé à couler abondamment, malgré le désordre au Moyen-Orient. Mais, le prix du pétrole stabilisé autour de 110 dollars le baril au début de l'été a perdu 25% en l'espace de quatre mois. Il a atteint son plus bas niveau depuis 2010.
Plusieurs des pays exportateurs de pétrole appellent à une réunion de l'Opep pour arrêter la chute des cours en réduisant la production. Mais Riyad, par la voix de son ministre du pétrole, Ali al-Naimi, ainsi que le Koweït, ont manifesté ouvertement leur intention de les laisser filer à la baisse. De quoi nourrir les soupçons d'un usage politique de cette baisse par l'Arabie saoudite.
L'Iran, la Russie et le Venezuela premiers affectés
La monarchie saoudienne, dont la production représente un tiers de celle de l'Opep, dispose de suffisamment de réserves pour se permettre de supporter une baisse des prix pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. Plusieurs des pays rivaux du Royaume - ou ceux en conflit plus ou moins larvé avec les Etats-Unis - seraient en revanche durement affectés par une chute durable des cours en dessous de 90 dollars le baril. Les budgets de l'Iran, de la Russie, ou du Venezuela ont en effet été calculés sur la base d'un baril à plus de 100 dollars.
Au point que plusieurs observateurs voient dans la position saoudienne une action concertée avec la Maison blanche pour les affaiblir. "Cette baisse des prix sert les intérêts stratégiques des États-Unis et de l'Arabie saoudite", assure Thomas Friedman dans le New York Times L'éditorialiste subodore dans cette politique une "guerre par d'autres moyens" à l'encontre de Moscou et de Téhéran. Les recettes d'exportation de pétrole représentent environ 60% des recettes publiques de l'Iran et plus de la moitié de celles de la Russie. Une vision des choses partagée par l'ancien ministre russe des finances Alexeï Koudrine, comme le rapporte Le Courrier de Russie: "Il n'est pas exclu que la chute actuelle des prix du pétrole soit le résultat d'un complot entre plusieurs acteurs majeurs du marché, notamment les États-Unis et le Proche-Orient".



Les accusations de Moscou...


La Pravda avait d'ailleurs anticipé cette baisse, en pleine crise ukrainienne au printemps dernier: "Obama veut que l'Arabie saoudite détruise l'économie russe", titrait le journal au mois d'avril, s'appuyant sur le passé pour justifier sa lecture des événements. L'action conjointe de l'Arabie saoudite et des Etats-Unis dans les années 1980 serait même à l'origine de la fin de l'URSS: "En 1985, le Royaume a quintuplé sa production, de 2 à 10 millions de barils par jour, et provoqué une chute du prix du baril de 32 à 10 dollars. Acculé, Moscou a augmenté ses exportations, accélérant la dégringolade du baril jusqu'à 6 dollars. L'Arabie saoudite a compensé la perte en multipliant sa production par cinq. Mais l'économie russe n'y a pas résisté et s'est effondrée." La Pravda oublie un détail: au début des années 1980, l'Arabie saoudite avait drastiquement réduit sa production afin de compenser la baisse de la demande mondiale au moment où de nouveaux gisements étaient découverts en mer du Nord. En 1985, la hausse de la production saoudienne a été ramenée à son niveau de... 1980. 


... de Téhéran et de Caracas


Pénalisé par les sanctions occidentales liées à son programme nucléaire, l'Iran dénonce également la politique de Riyad, qui "tout en prétendant diriger l'Opep, agit pour les intérêts du G20", selon les termes de l'ancien ministre du pétrole Masoud Mirkazemi. Même suspicion au Venezuela, dont l'économie est en difficulté: "La baisse des cours n'est pas liée aux fondamentaux du marché mais à une manipulation destinée à nuire aux économies des principaux pays producteurs de pétrole", a déclaré le ministre des Affaires étrangères Rafael Ramirez. Même si la baisse des cours de l'or noir pénalisera aussi d'autres exportateurs, comme l'Irak ou le Nigeria qui, eux, ne sont pas dans le collimateur des Saoudiens ni des Américains. 


Pression de Riyad sur Washington


L'Arabie saoudite profite aussi de l'occasion pour faire pression sur les Etats-Unis, où la rentabilité de l'exploitation du pétrole de schiste sera mise à mal en dessous du seuil de 90 dollars le baril, selon plusieurs observateurs. Une façon de faire payer l'inquiétude qu'inspirent au royaume les négociations sur le nucléaire entre la Maison Blanche et la République islamique. et sa hantise d'un rabibochage entre les deux ennemis de 35 ans
Autre raison de l'agacement de Riyad, selon l'Indian Defence Review: la monarchie a toujours été accommodante en compensant, pour stabiliser les prix, la baisse de production de l'Iran, du Soudan et de la Syrie quand cela été nécessaire, puis en la réduisant lors du retour de la production irakienne. Mais le Royaume a mal pris la forte hausse de la production américaine de pétrole ces six dernières années. 
Pour autant, l'Arabie saoudite sait ne pas aller trop loin, observe le Financial Times et elle a conscience que "la chute du prix du pétrole offre de facto un allègement de l'impôt pour le consommateur américain". Riyad, ajoute le FT, "prend un risque calculé" vis-à-vis du parrain américain. 

Source  www.lexpress.fr



mercredi 15 octobre 2014

Le foie gras sera bien interdit en Californie




La Cour suprême des Etats-Unis a autorisé, mardi 14 octobre, l'Etat de Californie à maintenir l'interdiction du foie gras en vigueur depuis 2012. Les juges ont refusé d'examiner un recours déposé par la chaîne de restaurants Hot's et par des producteurs de foie gras, dont l'Association des éleveurs de canards et d'oies du Québec.
Adoptée en 2004 mais appliquée huit ans plus tard, la loi californienne interdit tout aliment issu du gavage de volailles.

« CRUAUTÉ » À L'ÉGARD DES ANIMAUX

En août 2013, un tribunal fédéral avait déjà maintenu l'interdiction de ce mets, rejetant l'argument selon lequel l'interdiction contrevient aux règles du libre commerce. La décision de 27 pages insistait alors sur la manière dont est produit le foie gras, avec des descriptions détaillées, expliquant comment on nourrit de force des canards pour les obliger à stocker du gras dans leur foie, méthode qui révolte les associations de défense de la cause animale.

« La décision de la Cour suprême signifie que le peuple de Californie a le droit d'interdire la vente de certains produits alimentaires issus de cruauté exercée à l'encontre d'animaux », s'est félicité Jonathan Lovvorn, avocat de la Humane Society of the United States qui milite pour les droit des animaux.

Malgré les réticences anglo-saxonnes, les exportations de foie gras français continuent toutefois à progresser de 4,6 millions d'euros, grâce aux bonnes performances en Belgique et au Japon et malgré un repli de l'activité en Espagne. Elles atteignent 104 millions d'euros.


Source: www.lemonde.fr

mardi 14 octobre 2014

La Catalogne renonce à organiser le référendum sur son indépendance


L'exécutif catalan a décidé de renoncer au référendum sur l'indépendance, jugé inconstitutionnel par Madrid, qu'il avait prévu d'organiser le 9 novembre, a annoncé le dirigeant d'un des partis impliqués dans cette consultation lundi soir.

« Le gouvernement a constaté que la consultation ne peut pas se tenir », a déclaré à des journalistes Joan Herrera, dirigeant de Iniciativa per Catalunya, à l'issue d'une réunion de partis favorables à ce référendum avec l'exécutif catalan. « Le gouvernement du nationaliste Artur Mas fera une proposition demain [mardi] », a-t-il ajouté en précisant que son parti se prononcerait à ce moment-là.
Le Tribunal constitutionnel espagnol avait suspendu lundi 29 septembre le référendum sur l'indépendance. Le chef du gouvernement, Mariano Rajoy, avait annoncé qu'il déposerait un recours contre le scrutin, employant des termes durs pour dénoncer l'initiative de la Catalogne, qu'il juge anticonstitutionnelle, la qualifiant de « démagogique » et « antidémocratique ». « Rien ni personne ne peut rompre la souveraineté » de l'Etat espagnol, avait-il ajouté.

Les aspirations à l'indépendance n'ont cessé de croître en Catalogne, privée en 2010, sur décision de la justice espagnole, d'une partie de son statut d'autonomie élargie. Dans cette région puissante du nord-est de l'Espagne, le ressentiment envers Madrid s'est nourri aussi de la crise économique, la Catalogne accusant Madrid de répartir inégalement les richesses. Près de 80 % des Catalans se disent favorables à un référendum, que ce soit pour voter pour ou contre l'indépendance.

Source: www.lemonde.fr

mardi 7 octobre 2014

Espagne. Ebola : à l’hôpital Carlos III de Madrid, le personnel médical « inquiet et en colère »

Devant l’hôpital Carlos III de Madrid, mardi 7 octobre, une batterie de journalistes font le pied de grue, en attendant une information, un témoignage, une piste qui permette de comprendre comment l’aide-soignante Teresa R. a pu être contaminée par le virus Ebola. Des policiers, visiblement tendus, surveillent que la presse ne s’approche pas de l’entrée de l’hôpital et reste derrière les grilles du parking. Les photos sont interdites, nourrissant l’image d’un début de psychose et d’une information verrouillée. De rares patients entrent et sortent. Ceux qui acceptent de parler se disent « tranquilles », mais qualifient les infirmières de « perturbées ».
Pour le moment, l’aide-soignante se trouverait dans une situation stable, après avoir reçu deux traitements : un sérum d’« hyperimmunité » provenant d’un donneur anonyme qui a développé des anticorps après avoir été contaminé par le virus Ebola, et un antiviral efficace sur les petits animaux, selon Rafael Perez-Santamaria, le directeur de l’hôpital La Paz, dont dépend l’hôpital Carlos III.

Beaucoup de questions restent en suspens concernant ce premier cas de contagion du virus Ebola en dehors de l’Afrique. L’aide-soignante contaminée, qui a soigné les deux missionnaires espagnols rapatriés en août et en septembre du Liberia et de Sierra Leone alors qu’ils étaient porteurs du virus, morts depuis, affirme, selon le ministère de la santé, avoir suivi à la lettre le protocole.

Comment dans ce cas expliquer la contamination de cette femme de 44 ans expérimentée ? Pourquoi, alors qu’elle a prévenu l’hôpital le 30 septembre des premiers symptômes — un début de fièvre et un malaise général —, a-t-elle d’abord été renvoyée vers les services de médecine ordinaire, avant d’être placée en chambre d’isolement seulement le 6 octobre ? Comment expliquer que les tests d’Ebola ne lui ont pas été pratiqués plus tôt ? Pour le moment, le gouvernement n’a aucune explication à donner, si ce n’est que la fièvre était trop basse pour avoir provoqué l’activation du plan de surveillance des patients suspects.

FORMATION À LA VA-VITE ET SOUS-EFFECTIF

Aux alentours de 11 heures, mardi, une poignée d’infirmières arrivent à l’hôpital et acceptent de parler à la presse, à condition de ne pas être filmées ni photographiées, et de conserver l’anonymat. Visiblement choquées, très en colère, elles dénoncent le discours officiel qui pointe du doigt une possible « erreur humaine ».

Pour elles, la faille, si elle existe, revient d’abord aux autorités sanitaires qui les ont formées à la va-vite lorsque le premier patient, le missionnaire Miguel Pajares, est arrivé à l’hôpital Carlos III, le 7 août. Elles critiquent aussi les tenues de protection, et ces gants en latex scellés avec de l’adhésif dont les images ont fait scandale en Espagne, malgré l’assurance de la part des autorités médicales qu’ils répondent aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Elles se plaignent de travailler en sous-effectif à cause des mesures d’austérité prises durant la crise. Enfin, elles qualifient le suivi d’insuffisant, qui se résume à un appel téléphonique par jour pour vérifier l’état de santé du personnel médical qui a été en contact avec les missionnaires.

« BEAUCOUP D’IMPROVISATION ET DE NÉGLIGENCE »

Ce sont ces infirmières qui les premières révèlent que trois autres personnes se trouvent à l’isolement, au sixième étage, dans les chambres à pression négative réservées aux patients suspectés d’avoir contracté le virus Ebola. Peu après, l’information est confirmée par le directeur de l’hôpital La Paz. Il s’agit du mari de Teresa R., qui a été placé en quarantaine bien qu’il ne présente pas de symptôme pour le moment, d’une autre infirmière ayant traité les missionnaires, dont le test du virus s’est révélé négatif, et d’un homme, en provenance du Nigeria, qui doit être encore suivi.

« Les travailleurs de l’hôpital sont inquiets, apeurés et en colère, résume Juan José Cano, délégué syndical du syndicat des infirmiers Satse, devant les portes de l’hôpital. Bien avant le premier cas d’Ebola en Espagne, nous avions demandé une formation, un entraînement et des simulacres pour se préparer à de possibles cas. Mais nous n’avons jamais eu de réponse, et lorsque le premier missionnaire infecté a été rapatrié tout a été fait rapidement, avec beaucoup d’improvisation et de négligence, et nous avons reçu des formations de quinze minutes. »


COUPES BUDGÉTAIRES

A cela s’ajoutent les doutes sur la fiabilité de l’hôpital Carlos III. Cet établissement sanitaire avait été menacé de fermeture durant la crise économique qui a touché l’Espagne. De fait, le service spécialisé dans les maladies infectieuses de type épidémies et pandémies, situé au sixième étage, avait été fermé et l’hôpital réservé aux hospitalisations de moyenne et longue durée. « Avec les coupes budgétaires liées à la crise, le service de santé de la région a décidé que l’hôpital n’allait plus être la référence en matière de traitement des épidémies, parce qu’il ne remplissait pas les exigences nécessaires pour cela. Mais quand est arrivé le premier missionnaire infecté, il a été rouvert à la va-vite en une journée, alors qu’on nous disait qu’il fallait y faire des travaux », poursuit M. Cano.

Déjà le 6 août dernier, la veille de l’arrivée du premier missionnaire infecté, le président du syndicat des médecins (Amyts), Daniel Bernabeu, s’était élevé contre des « prises de risque non nécessaires » et avait comparé la situation des Etats-Unis, où il existe une dizaine d’hôpitaux avec un niveau 4 d’isolement, avec celle de l’Espagne, où il n’existe que « le vieil hôpital Carlos III avec un niveau 2 et des éléments du niveau 3 pour la manipulation de prélèvements ». Lundi, il s’est dit « consterné et indigné » par la nouvelle de la contagion.

Mercredi, une manifestation des associations de défense de la santé publique est prévue à Madrid pour demander la démission de la ministre de la santé, Ana Mato. Bruxelles, de son côté, a requis des explications de l’Espagne sur l’origine de la contagion.

Source: www.lemonde.fr