lundi 16 novembre 2015

Le retour du boomerang




Les origines de ce 13 novembre sont aussi à chercher du côté de la politique étrangère de l’Europe et de la France ces quarante dernières années. La démission de l’Europe sur la question palestinienne, l’occasion manquée avec la Turquie que l’on aurait pu si facilement arrimer à l’UE, l’alliance de la France avec les pétromonarchies… sont autant d’erreurs qui n’ont fait qu’aggraver le désastre et nourrir rancœur et radicalisation au Proche-Orient.

Le retour du boomerang
Au-delà de la polémique électoralement intéressée, et assez indigne, sur les mesures de sécurité prises, ou mal prises, par le gouvernement, la classe politique, les médias, l’opinion elle-même devraient s’interroger sur leurs responsabilités de longue durée dans le désastre que nous vivons. Celui-ci est le fruit vénéneux d’un enchaînement d’erreurs que nous avons commises depuis au moins les années 1970, et que nous avons démocratiquement validées dans les urnes à intervalles réguliers.

La démission de l’Europe sur la question palestinienne, dès lors que sa diplomatie commençait là où s’arrêtaient les intérêts israéliens, a installé le sentiment d’un «deux poids deux mesures», propice à l’instrumentalisation et à la radicalisation de la rancœur antioccidentale, voire antichrétienne et antisémite. L’alliance stratégique que la France a nouée avec les pétromonarchies conservatrices du Golfe, notamment pour des raisons mercantiles, a compromis la crédibilité de son attachement à la démocratie – et ce d’autant plus que dans le même temps elle classait comme organisation terroriste le Hamas palestinien, au lendemain de sa victoire électorale incontestée. Pis, par ce partenariat, la France a cautionné, depuis les années 1980, une propagande salafiste forte de ses pétrodollars, à un moment où le démantèlement de l’aide publique au développement, dans un contexte néolibéral d’ajustement structurel, paupérisait les populations, affaiblissait l’Etat séculariste et ouvrait une voie royale à l’islamo-Welfare dans les domaines de la santé et de l’éducation en Afrique et au Moyen-Orient.

Son alliance avec les pétromonarchies arabes a aussi conduit la France à appuyer diplomatiquement et militairement la guerre d’agression de l’Irak contre l’Iran (1980-1988) et à ostraciser ce dernier, alors qu’il représente, avec la Turquie, le seul môle de stabilité étatique de la région, qui détient l’une des clefs de la résolution de la plupart de ses conflits, comme nous le découvrons aujourd’hui au Liban et en Syrie. La même désinvolture a présidé à la politique de la France à l’égard d’Ankara. Au lieu d’arrimer la Turquie à la construction européenne, Paris l’a snobée, au risque de perdre toute influence auprès d’elle, de favoriser sa «poutinisation» et de l’abandonner à ses liaisons dangereuses avec des mouvements djihadistes.

Non sans cynisme, la France a joué pendant des décennies la carte de l’autoritarisme en Algérie, en Tunisie, en Egypte, en Syrie, en Irak en y voyant un gage de stabilité, en s’accommodant de la polarisation ethnoconfessionnelle sur laquelle reposaient souvent ces régimes, en espérant que les peuples se résigneraient éternellement au despotisme que l’on estimait congénital en terre d’islam, et en laissant à celui-ci le monopole de la dissidence, rendant ainsi les successions autoritaires inévitablement chaotiques. Une cocotte-minute qui explose, ce n’est jamais beau à voir.

Après avoir conforté les dictatures, la France s’est lancée avec puérilité dans l’aventure démocratique sans voir à quel point les sociétés avaient été meurtries par des décennies d’assujettissement, et en sous-estimant la froide détermination des détenteurs du pouvoir. Puis, pour résoudre d’un bombardement magique les problèmes qu’elle avait contribué à envenimer au fil des ans, elle est à son tour entrée en guerre en suscitant de nouvelles inimitiés sans avoir les moyens de s’en préserver.

Les situations inextricables de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Syrie, de la Libye ne sont que la résultante de ces erreurs de calcul, ou de ces calculs à courte vue. Sans doute annoncent-elles ce que nous réserve la restauration autoritaire en Algérie (dès 1991) et en Egypte (en 2014). A l’aveuglement et aux inconséquences, nous avons ajouté le déshonneur par le traitement que nous avons réservé aux réfugiés qui fuyaient les guerres que nous (ou nos alliés) avions déclenchées, en Libye et en Irak, et les autoritarismes que nous avions soutenus.

Sur le plan intérieur, le bilan est aussi accablant. Pendant que nos politiques économiques néolibérales produisaient un chômage de masse et la désindustrialisation, nous avons restreint le débat public à des questions identitaires oiseuses en courant après l’extrême droite qui en faisait son miel électoral. Pas un homme politique – hormis peut-être Dominique Strauss-Kahn en 2006, pendant sa campagne pour les primaires du PS – n’a tenu un langage de vérité sur l’immigration depuis des lustres. Au lieu de tirer avantage de ce formidable atout que représente le biculturalisme de nombre de jeunes Français, nous avons rejeté une partie importante, et bien délimitée, de ceux-ci – à savoir les musulmans – dans la marginalité, et nous avons douté de leur appartenance à la nation, ce dont certains d’entre eux ont fini par douter eux-mêmes. Des présidents de la République, des ministres, des hauts fonctionnaires ont proféré en toute impunité des paroles indignes et anticonstitutionnelles, tandis que les médias ouvraient grand leurs antennes, leurs écrans et leurs colonnes à des plumitifs racistes ou ignorants érigés en penseurs. L’asphyxie financière de l’école, de l’Université, de la recherche publique, et le poujadisme anti-intellectuel dont a fait preuve à leur encontre la droite oublieuse que la République dont elle se gargarise avait été celle des professeurs et des instituteurs, à la fin du 19e siècle, nous a privés des moyens de comprendre ce qui est en train de nous arriver.

Maints analystes avaient pourtant annoncé, depuis longtemps, que nous courions droit dans le mur. Nous y sommes, bien que celui-ci, comme toujours dans l’Histoire, prenne un visage inattendu. Un examen de conscience s’impose à tous, car ces erreurs, qui nous reviennent en plein visage comme un boomerang, ont été commises à l’initiative de toutes les majorités qui se sont succédé au pouvoir depuis les années 1970. Si Sarkozy a sans conteste été le plus mauvais président de la République qu’ait connu la France, Giscard d’Estaing, Chirac, Mitterrand et Hollande se partagent la paternité de la politique suivie. Or, nous avons les dirigeants que nous élisons, et les médias que nous achetons. En bref, nous sommes responsables de ce qui nous arrive.

Seul un retournement radical pourrait nous en sortir : la remise en cause de la financiarisation du capitalisme qui détruit le lien social, créé la misère de masse et engendre des desperados ; une politique de sécurité qui privilégie le renseignement humain de qualité et de proximité plutôt que la surveillance systématique, mais vaine, de la population ; le rétablissement et l’amplification des libertés publiques qui constituent la meilleure riposte à l’attaque de notre société ; la révision de nos alliances douteuses avec des pays dont nous ne partageons que les contrats ; et surtout, peut-être, la lutte contre la bêtise identitaire, aussi bien celle d’une partie de notre propre classe politique et intellectuelle que celle des djihadistes. Car les Zemmour, Dieudonné, Le Pen, et Kouachi ou autres Coulibaly sont bien des «ennemis complémentaires», pour reprendre le terme de l’ethnologue Germaine Tillion.

L’alternative est claire, à trois semaines des élections, et elle est politique, au sens plein du mot. Soit nous continuons à laisser ces phares de la pensée et leurs experts sécuritaires nous guider vers le gouffre, et notre prochain président de la République sera un Viktor Orban, peu importe qu’il soit de droite ou de gauche pourvu qu’il nous rétracte identitairement. Soit nous conjuguons notre autodéfense avec la conquête de nouvelles libertés, comme avait su le faire, à une époque plus tragique encore, le Conseil national de la Résistance, pendant la Seconde Guerre mondiale. Telle serait la vraie réponse aux crétins assassins et aux histrions.

Jean-François Bayart

Professeur à l’IHEID (Genève), directeur de la chaire d’Etudes africaines comparées (UM6P, Rabat)

A notamment publié L’Islam républicain. Ankara, Téhéran, Dakar (Albin Michel, 2010)

Jean-François Bayart Professeur à l’IHEID (Genève), directeur de la chaire d’Etudes africaines comparées (UM6P, Rabat)

Source: www.liberation.fr

mercredi 11 novembre 2015

Catalogne: le Parlement vote en faveur d'une rupture avec l'Espagne


Les députés de la région ont adopté ce lundi un texte qui lance le processus visant à créer un Etat catalan indépendant de l'Espagne. Le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy annonce un recours contre cette résolution.

La rupture est en marche. Le Parlement de Catalogne a adopté ce lundi une résolution sans précédent déclarant le début de la séparation avec l'Espagne et le lancement d'un processus qui doit aboutir à la création d'une république indépendante au plus tard en 2017. Au total, 72 députés indépendantistes (sur 135) ont adopté le texte visant à créer "un Etat catalan indépendant prenant la forme d'une République".

>> Lire aussi: Pourquoi l'indépendance de la Catalogne n'est pas pour tout de suite

Les partisans d'un maintien en Espagne ont accueilli le résultat du vote debouts, déployant des drapeaux de l'Espagne et la Catalogne. "J'ai l'honneur et la responsabilité de défendre la proposition de résolution par laquelle nous lançons solennellement la construction d'un nouvel Etat, un Etat catalan, une République catalane", avait plaidé auparavant Raul Romeva, tête de liste de la coalition indépendantiste Junts pel Si (Ensemble pour le oui).

Le recours de Rajoy contre cette résolution
Le Parlement régional de cette région au coeur de l'Europe méditerranéenne de 7,5 millions d'habitants, représentant 20% du PIB de l'Espagne, est issu d'un scrutin organisé le 27 septembre centré sur la question de la sécession. Ces élections ont été emportées par les indépendantistes, qui ont gagné une majorité des sièges (72 sur 135) sans pour autant obtenir la majorité absolue des voix (47,8%).


Les séparatistes estiment disposer d'un soutien suffisant pour lancer le processus d'indépendance et ont défendu cette résolution en ce sens ce lundi, soit le "défi le plus important à la démocratie de ces 30 dernières années", a résumé l'élue du parti Ciudadanos, opposée à la sécession, Inès Arrimadas.

Le chef du gouvernement conservateur espagnol, Mariano Rajoy, a annoncé ce lundi qu'il présenterait un recours en urgence devant la Cour constitutionelle pour invalider la résolution indépendantiste

Le Parlement régional, "détenteur de la souveraineté", ne s'estime désormais plus "tributaire des décisions des institutions espagnoles, et en particulier de celles de la Cour constitutionnelle". La résolution prévoit aussi le lancement de travaux parlementaires pour mettre en place une administration fiscale indépendante et une sécurité sociale.

Des tensions croissantes
Le vote intervient après des années de tensions croissantes entre l'exécutif du président catalan sortant Artur Mas et le gouvernement central. Le premier réclamait sans succès un référendum d'autodétermination, poussé par une fièvre indépendantiste alimentée par la crise économique et un premier arrêt de la Cour constitutionnelle ayant raboté les compétences propres de la région.

Le 9 novembre 2014, Artur Mas, nationaliste devenu séparatiste, avait déjà passé outre un interdit de la cour, organisant une consultation symbolique mais interdite où 1,9 million de personnes s'étaient prononcées pour l'indépendance. Le vote de ce lundi a également lieu à moins de deux mois des législatives du 20 décembre en Espagne, où la "question catalane" domine le débat.

Mariano Rajoy, dont le Parti populaire (PP, droite) est en perte de vitesse, talonné par Ciudadanos (centre droit) et le Parti socialiste, a obtenu leur soutien sur le terrain de la défense de l'unité de l'Espagne.

Pas d'accord sur le nouveau président de région
A six semaines des élections, chacun de ces partis avance cependant sa solution: Ciudadanos une réforme des institutions, le Parti socialiste un dialogue et davantage de fédéralisme et Podemos, antilibéral, l'organisation d'un référendum. Ce lundi matin, leurs élus ont plaidé avec fougue pour le maintien de la Catalogne en Espagne, évoquant pour certains un anniversaire européen: celui de la chute du mur de Berlin, un 9 novembre 1989, il y a 26 ans.

Les indépendantistes ont un point faible qui pourrait bloquer leurs desseins: l'absence d'accord sur le futur président de la région, l'extrême gauche refusant le candidat de Junts pel Si, Artur Mas, un conservateur. Ils ont jusqu'au 9 janvier pour s'accorder, faute de quoi ils seraient contraints d'organiser de nouvelles élections.

Source: www.lexpress.fr

dimanche 1 novembre 2015

Les mystères de Spooky, l'astéroïde d'Halloween




L'astéroïde surnommé Spooky passe au plus près de la Terre, ce samedi 31 octobre, vers 17h30 heure de Paris. Les scientifiques attendent avec impatience cet objet mystérieux qui pourrait être une "comète morte".

Spooky a beau "frôler" la Terre, ce samedi 31 octobre, il n'effraie guère les scientifiques. Au contraire, l'astéroïde d'Halloween également surnommé Great Pumpkin (grosse citrouille) leur offre une occasion rêvée pour observer de très près un tel objet et en percer les mystères. Car, à vrai dire, on ne sait pas encore grand-chose de 2015 TB145.

Une "comète morte"?

Avant le 10 octobre dernier, son existence n'avait même pas encore été détectée. En cause: son "orbite excentrique", a répété la Nasa, tout en excluant l'éventualité d'une collision. "Son orbite est très oblongue et inclinée par rapport au plan du système solaire. Si on ajoute à cela sa très grande vitesse, à environ 35km/seconde, on peut se demander s'il ne s'agit pas d'une sorte de comète", s'interroge Lance Benner, qui mène le programme de la Nasa sur la recherche des astéroïdes.

Si cette hypothèse se vérifie, Spooky pourrait être une "comète morte" ou "éteinte". Normalement une comète présente une queue ou une chevelure lumineuse dans son sillage, créée par la glace et les substances volatiles qui passent de l'état solide à l'état gazeux, à l'approche du Soleil. Mais il existe aussi des "comètes mortes" qui ont épuisé ces matériaux "après leurs passages répétés près du Soleil", explique l'Agence spatiale européenne (ESA). Une autre classe de comète, "découverte récemment, présente parfois une queue composée de poussières", poursuit-elle.

Un portrait très précis
Pour en savoir plus sur 2015 TB145 et déterminer s'il correspond à une de ces catégories, la Nasa va pointer sur lui les radiotélescopes de Gladstone, dans le désert de Mojaves en Californie, afin de le mitrailler d'ondes radio. Ces ondes vont rebondir sur l'astéroïde et leur écho sera collecté par les observatoires de Green Bank, en Virginie occidentale, et d'Arecibo, à Puerto Rico.

Pour les scientifiques et leur équipement dernier cri, cette "rencontre" sera une répétition générale avant août 2027 et le passage prévu de l'astéroïde 1999 AN10. Ce dernier passera encore plus près de la Terre, à 380 000 km, contre 490 000 km pour l'astéroïde d'Halloween, qui restera invisible à l'oeil nu. Faute de télescope, les plus curieux pourront traquer Spooky sur le site de Slooh.com (à partir de 17h30, heure de Paris).

2015 TB145 devrait livrer une partie de ses secrets aux scientifiques qui espèrent en tirer un portrait très précis, à une résolution d'une finesse inédite de 2 mètres par pixel. Grâce à ces images radar, la taille de Spooky pourra être définie, alors qu'on estime vaguement qu'il mesure 200 à 600 mètres pour le moment. Lance Benner et son équipe devraient bénéficier d'une "foule de détails sur la surface, la forme, les dimensions et les propriétés physique". De quoi avoir un peu moins peur de l'astéroïde d'Halloween.


Source: www.lexpress.fr