vendredi 23 septembre 2011

Abbas a remis à l'ONU une demande de reconnaissance d'un Etat palestinien




La Palestine a officiellement demandé, vendredi 23 septembre, à devenir le 194e Etat membre des Nations unies. Il était 11 h 46, à New York, (17 h 46 à Paris) quand le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a remis au secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, la demande d'adhésion à part entière d'un Etat de Palestine.



M. Ban doit maintenant transmettre cette demande pour examen au Conseil de sécurité, comme le prévoit la procédure de l'ONU. Il le fera "vers le milieu de l'après-midi" en remettant le document frappé de l'emblème de la Palestine à la mission libanaise, qui assure la présidence tournante du Conseil. La réponse mettra, elle, plusieurs semaines à arriver.

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Mahmoud Abbas s'est ensuite présenté à la tribune de l'Assemblée générale, où les chefs d'Etat de la planète se succèdent depuis plusieurs jours, pour y plaider la cause de la reconnaissance. "J'ai remis au secrétaire général Ban Ki-moon la demande d'adhésion comme membre à part entière des Nations unies de la Palestine sur la base des frontières du 4 juin 1967 avec Jérusalem-Est pour capitale. Je demande aux membres du Conseil de sécurité d'accepter cette demande d'adhésion", a-t-il lancé sous les applaudissements conjugués des diplomates et des Palestiniens massés devant des écrans géants installés dans plusieurs villes du territoire. "Nous ne cherchons pas à isoler ni délégitimer Israël", a-t-il assuré, avant d'énoncer les griefs que son peuple entretient envers les autorités israéliennes. "Tous les efforts et tentatives des parties internationales ont été sapés par les positions du gouvernement israélien, qui ont ruiné les espoirs nés de la reprise des négociations en septembre dernier", a-t-il assuré, regrettant notamment que la colonisation soit en train de "détruire" une solution à deux Etats. Il a ajouté que les Palestiniens continueraient à opposer une "résistance pacifique et populaire" à l'occupation isralienne.


Mahmoud Abbas et Ban Ki-moon à l'ONU, le 23 septembre.AP/Seth Wenig
Le vote au Conseil ne devrait pas intervenir avant plusieurs semaines, mais les Palestiniens se sont dits prêts à attendre qu'il statue avant d'étudier des alternatives. Selon le conseiller diplomatique de M. Abbas, Majdi Al-Khaldi, ils comptent obtenir plus que les neuf voix sur quinze nécessaires au Conseil de sécurité pour valider une demande d'adhésion, ce qui forcerait les Etats-Unis à recourir au veto. "Si à un certain moment, qui n'a pas été décidé, nous considérons qu'il y a eu un délai injustifié, nous irons à l'Assemblée générale (...) S'il n'y a pas de décision ou un veto, nous irons à l'Assemblée générale", a détaillé mercredi le négociateur palestinien Nabil Chaath. Une telle initiative permettrait à la Palestine d'obtenir le statut d'observateur permanent, une sorte d'antichambre à la reconnaissance d'un Etat proprement dit.

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L'initiative de Mahmoud Abbas, un modéré de 76 ans, hostile à la violence, illustre la désillusion des Palestiniens après vingt années de discussions, sous le parrainage des Etats-Unis, discussions qui n'ont pas permis de surmonter les principaux obstacles sur le chemin de la paix – la colonisation juive en Cisjordanie, le statut de Jérusalem et la question des réfugiés. "L'administration américaine a fait tout ce qui était en son pouvoir pour faire échec à notre projet. Mais nous allons aller de l'avant, en dépit des obstacles et des pressions, car nous voulons obtenir nos droits, nous sommes le seul peuple au monde encore sous occupation", a affirmé jeudi soir M. Abbas. Le président américain, Barack Obama, a présenté, mercredi, comme un "raccourci" illusoire la demande palestinienne, à laquelle les Etats-Unis comptent opposer, si nécessaire, leur veto au Conseil de sécurité.

>> Lire l'analyse de la presse américaine sur la position américaine Etat palestinien : le rendez-vous manqué d'Obama

M. Abbas a redit avoir rejeté plusieurs propositions présentées comme des alternatives à sa demande, sans préciser lesquelles, mais indiquant que certaines étaient "irrationnelles et très éloignées du droit international". La proposition de la France d'un statut intermédiaire d'Etat observateur, accompagnée d'une reprise des négociations de paix israélo-palestiniennes, avait, elle, été accueillie de "manière positive" par la partie palestinienne. Israël a opposé vendredi une fin de non-recevoir à la proposition de M. Sarkozy. Pour Israël, comme pour les Etats-Unis, seule une reprise des négociations directes entre Israéliens et Palestiniens, suspendues depuis l'offensive de Tsahal dans la bande de Gaza en décembre 2008 et janvier 2009, peut aboutir à la naissance d'un Etat palestinien.

>> Lire le décryptage de la position de Sarkozy, l'Israélo-Palestinien


Près de Ramallah, le 23 septembre.REUTERS/DARREN WHITESIDE
Sur le terrain, les Palestiniens de Cisjordanie se sont rassemblés pour célébrer cette demande d'adhésion historique. Dans les villes autonomes de Cisjordanie, à Ramallah, la capitale politique, à Hébron, Naplouse et Jénine, des écrans géants ont été installés pour la retransmission du discours de Mahmoud Abbas. Dans le nord du territoire, un Palestinien a été tué par des tirs de l'armée israélienne à la suite de heurts entre des villageois palestiniens et des colons israéliens. Des manifestations avaient déjà été organisées à travers la Cisjordanie jeudi.

Source: www.lemonde.fr