samedi 19 décembre 2009

Copenhague proche du fiasco


Le projet d'accord a minima négocié vendredi soir est rejeté par plusieurs pays en développement. La conférence de l'ONU sur le climat est dans l'impasse.

La grande réunion organisée dans la capitale danoise dans l'espoir d'aboutir à un pacte contraignant après deux années de discussions marathon risque de s'achever par un fiasco malgré la venue, vendredi, de 120 chefs d'Etat et de gouvernement.
Des pays comme le Venezuela, le Soudan ou Tuvalu, un petit Etat insulaire de l'océan Pacifique menacé de disparaître de la surface du globe par la montée du niveau des eaux, ont affiché leur hostilité à un texte mis au point in fine par les Etats-Unis, la Chine, l'Inde, l'Afrique du Sud et le Brésil.
L'accord doit obtenir l'aval de l'ensemble des 193 pays participant à la conférence pour devenir un pacte de l'ONU
Les opposants à ce projet, dont les principaux points sont de réaffirmer l'objectif de limiter la hausse des températures à 2°C par rapport à l'ère préindustrielle et d'offrir la perspective de 100 milliards de dollars d'aide annuelle aux pays pauvres à partir de l'année 2020, le jugent trop vague et insuffisant.
Aucun objectif chiffré contraignant à 2020 ou 2050, pas de calendrier pour la signature d'un traité, les ONG ont dénoncé l'indigence du document.
"Cette déclaration ne vaut pas la feuille de papier sur laquelle elle est écrite. Et les coupables le savent bien, qui se sont vite enfuis en avion, chez eux, la honte au front", a réagi Greenpeace dans un communiqué.
Lors d'une séance nocturne de discussions marquée par de vifs échanges, un délégué soudanais a assimilé ce plan à un Holocauste pour l'Afrique, condamnée selon lui à subir des inondations, sécheresses et autres catastrophes irréversibles.
"C'est une solution fondée sur les mêmes valeurs qui ont conduit six millions de gens en Europe dans des fours", a déclaré Lumumba Stanislaus Di-aping, s'attirant une réaction outrée du négociateur suédois Anders Turesson, pour qui cette allusion est "absolument détestable".
"CE N'EST PAS PARFAIT"
Le ministre britannique de l'Environnement, Ed Miliband, a souligné que l'institution onusienne traversait un "moment de crise profonde".
Comme lui, les pays de l'Union européenne, le Japon et un représentant de l'association des Etats insulaires Aosis ont exhorté les délégués à approuver le projet, même s'ils ont été écartés des ultimes tractations.
"Il existe un vrai danger de voir ces discussions (sur le climat) subir le même sort que les négociations commerciales et d'autres discussions multilatérales", a souligné le président des Maldives Mohamed Nasheed.
L'Union européenne elle-même ne s'est résolue à soutenir l'accord qu'avec réticence, à l'image de la chancelière allemande Angela Merkel qui a parlé d'une "décision difficile".
Le texte ne reprend ni l'objectif global de réduction des émissions de CO2 de 50% d'ici 2050, rejeté par la Chine et l'Inde, ni l'idée d'une Organisation mondiale de l'Environnement - deux points défendus jusqu'au bout par les Européens.
Lors d'une conférence de presse, Nicolas Sarkozy s'est déclaré déçu par ces deux absences. Il a néanmoins jugé "positif" l'accord de Copenhague, même s'il "n'est pas parfait".
Il a fait valoir que les 192 pays participants avaient accepté de prendre par écrit des engagements sur leurs objectifs de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre d'ici 2015-2020, qui seront annexés à la déclaration politique.
"La totalité de ces engagements chiffrés sera présentée au mois de janvier", a assuré le président français.
RÉVISION EN 2015
Faute d'une instance internationale chargée de vérifier leur mise en oeuvre, chaque pays s'engage à adapter sa législation nationale pour la rendre conforme à ces engagements.
Le président américain Barack Obama qui a réussi, comme la Chine et l'Inde, à faire prévaloir ses positions restrictives sur les ambitions européennes, a estimé que ce n'était qu'une étape. "Il nous faut aller beaucoup plus loin", a-t-il dit.
Seule la Chine, premier pays pollueur de la planète, s'est félicitée d'un résultat positif. "Tout le monde devrait être satisfait", a déclaré le chef de sa délégation Xie Zhenhua.
Le projet de déclaration reprend l'idée d'un fonds de 10 milliards de dollars par an en 2010-2011-2012 pour faire face aux besoins des pays pauvres et sur la nécessité de porter cette aide à 100 milliards de dollars par an à partir de 2020.
L'Union européenne et les Etats-Unis souhaitent que le projet d'accord de Copenhague soit transformé en traité, un instrument juridique contraignant, en 2010.
Angela Merkel organisera une conférence à Bonn dans six mois pour préparer la prochaine conférence internationale sur le climat, dans un an, à Mexico, a précisé Nicolas Sarkozy, selon qui une révision des décisions de Copenhague est prévue en 2015.
Source: www.lexpress.fr

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