dimanche 16 octobre 2011

Des milliers d'«indignés» défilent à travers le monde


Photo: www.elpais.es

En Europe et dans le monde, les groupes de manifestants contre le pouvoir de la finance et la précarité liée à la crise ont répondu présents samedi pour une journée de mobilisation internationale.

• Des incidents à Rome
Des dizaines de milliers de manifestants, inspirés par les «indignés» de Wall Street et d'Espagne, ont défilé samedi à Rome, dont le centre-ville avait été bouclé par la police. «Une seule solution, la Révolution !», «Nous ne sommes pas des biens dans les mains des banquiers», pouvait-on lire sur les pancartes des manifestants.


À Rome, plusieurs voitures ont été incendiées. Crédits photo : ALBERTO PIZZOLI/AFP
D'après les médias italiens, leur nombre devait atteindre entre 100 et 200.000 personnes. Les plus grands monuments de la capitale ainsi que quatre stations de métro ont été fermés pour l'occasion, et 1500 policiers ont été mobilisés.

Mais la mobilisation des forces de l'ordre n'a pas suffi à empêcher des débordements. Des groupes d'inconnus masqués de noir ont ainsi fracassé les vitres de banques et mis le feu à plusieurs voitures en plein centre de Rome. Les forces de l'ordre ont lancé l'assaut alors que des centaines d'éléments incontrôlés lançaient fumigènes, coktails molotov et bouteilles. En outre, une annexe du ministère de la Défense a été en partie incendiée. Les pompiers avaient du mal à arriver sur les lieux, se frayant un passage parmi les dizaines de milliers de personnes qui manifestaient. Ces violences ont fait 70 blessés, dont trois graves.

Les «indignés» ont reçu le soutien du gouverneur de la Banque d'Italie, Mario Draghi, qui doit prendre la tête le mois prochain de la Banque centrale européenne. «Les jeunes ont raison d'être indignés», a déclaré Draghi à des journalistes italiens en marge de la réunion du G20 à Paris. «Ils sont en colère contre le monde de la finance. Je les comprends», a déclaré cet économiste de 64 ans.

• Plusieurs milliers devant la BCE en Allemagne
À Francfort, dans l'ouest de l'Allemagne, c'est le siège de la Banque centrale européenne (BCE) qui a cristallisé la mobilisation. Environ 5000 à 6000 personnes se sont rassemblées sur la place qui fait face à l'institut monétaire européen et sur laquelle se dresse un grand sigle de l'euro bleu et jaune. Sur les pancartes, on pouvait lire «Ne bradons pas la démocratie à la BCE» ou encore «Brisons la dictature du capitalisme».

• Modeste mobilisation à Paris
Des centaines de personnes se sont massées samedi après-midi place de l'hôtel de ville à Paris. «Paris, Paris, soulève toi!», ont-elles scandé devant badauds et touristes. Une soirée festive était prévue place de l'hôtel de ville à Paris.

• Le Parlement portugais encerclé
Environ 40.000 personnes ont manifesté au Portugal, deux jours après l'annonce par le gouvernement de centre droite de nouvelles mesures d'austérité. À Lisbonne, plus de 20.000 manifestants partis de la place Marques de Pombal ont encerclé le palais Sao Bento qui abrite l'Assemblée nationale aux cris de «Cette dette n'est pas la nôtre» ou «FMI, dehors». Vingt mille autre personnes ont défilé à Porto, la deuxième ville du pays.

• Julian Assange à Londres

Julian Assange, samedi à Londres. Crédits photo : LUKE MACGREGOR/Reuters
À Londres, quelque huit-cents protestataires, dont le fondateur de WikiLeaks Julian Assange, se sont rassemblés dans la City, le coeur financier du pays, sur les marches et le parvis de la Cathédrale Saint-Paul non loin du London Stock Exchange, la Bourse britannique. «Nous soutenons ce qui se passe ici parce que le système bancaire à Londres est le bénéficiaire d'argent issu de la corruption», a lancé le fondateur de WikiLeaks. Les manifestants brandissaient des banderoles proclamant «Pas de coupes», en référence à la politique drastique d'austérité du gouvernement britannique, ou encore «Goldman Sachs est l'oeuvre du diable».

La police londonienne, sévèrement critiquée pour son manque de réactivité lors des émeutes au mois d'août dernier, a mis en place un important dispositif, avec des cordons policiers et des véhicules encerclant les manifestants largement pacifiques. Des heurts mineurs avec la police se sont produits alors que des manifestants, pour certains masqués, tentaient de se diriger vers le London Stock Exchange.

• Ailleurs en Europe et dans le monde

Un manifestant devant la Bourse de Hong-Kong. Crédits photo : TYRONE SIU/REUTERS
À Madrid, cinq colonnes sont parties des quartiers périphériques pour refaire le chemin jusqu'à la Puerta del Sol, la place emblématique qu'ils avaient occupée pendant un mois au printemps. «Le problème, c'est la crise, révolte-toi», proclamait une grande banderole en tête de la marche partie de Leganes, à une quinzaine de kilomètres au sud de Madrid. Une autre portait l'un des mots d'ordre favoris des «indignés» espagnols : «Si vous ne nous laissez pas rêver, nous ne vous laisserons pas dormir». Dans la soirée, une marée humaine a envahi la place, où les manifestants se sont figés dans un «cri muet», symbole de l'oppression, avant d'écouter un orchestre entonner la Neuvième symphonie de Beethoven. Quelques dizaines de manifestants se sont ensuite allongés par terre, dans un geste symbolisant la mort, au pied de quelques «banquiers» restés fièrement debout.

Aux Pays-Bas, un millier de manifestants se sont rassemblés à La Haye, autant sur la place de la Bourse à Amsterdam, et environ 500 sur la Paradeplatz à Zurich, place emblématique de la finance suisse.

Samedi matin, quelques centaines de manifestants avaient également défilé dans les grandes villes d'Asie, comme Tokyo, Sydney et Hong Kong. À Johannesburg, une cinquantaine de personnes se sont donné rendez-vous devant la plus importante Bourse d'Afrique, portant des pancartes avec les mots «A bas le capitalisme», «Que le peuple partage les richesses».

À New York, le mouvement Occupy Wall Street, qui s'est nourri aux États-Unis du chômage des jeunes et de l'accroissement des inégalités, et occupe un parc depuis le 17 septembre, avait appelé à un rassemblement à Times Square. Quelque 2000 manifestants ont défilé et la police a procédé à 71 arrestations.
Source: www.lefigaro.fr

samedi 15 octobre 2011

Les «indignés», anatomie d'un mouvement déstructuré


Ceux qui se surnomment «les 99%» et ne tolèrent plus la «cupidité» des 1% les plus favorisés vont manifester leur ras-le-bol dans 951 villes du monde entier samedi. Mais le mouvement, né en Espagne en mai, ne s'appuie sur aucune direction centrale.

Le 15 mai dernier des «indignés» espagnols campaient sur la place de la Puerta del Sol à Madrid. Empruntant leur nom au pamphlet de Stephen Hessel, ils se déclaraient inspirés par le Printemps arabe pour crier leur révolte face à l'explosion du chômage et à la politique d'austérité mise en place par le gouvernement … Depuis, la contestation s'est étendue dans le reste de l'Europe mais aussi outre-Atlantique. Cinq mois après la naissance du mouvement en Espagne, c'est dans 82 pays que ces «indignés» vont manifester le samedi 15 octobre. De Zurich jusqu'à New York, en passant par Rome, Tijuana, Hong Kong et Johannesburg, des appels ont été lancés dans 951 villes du monde entier.

Leur message aux hommes politiques et aux élites financières, tel qu'on peut le lire sur le site 15october, est le suivant: «Le pouvoir en place travaille au profit de quelques-uns en ignorant aussi bien la volonté de la majorité que le prix humain et environnemental que nous payons. Cette situation intolérable doit cesser.» Sur le site du mouvement Occupy Wall Street, la tonalité est la même: «La chose que nous avons tous en commun, c'est que nous sommes les 99% qui ne tolérerons pas plus longtemps la cupidité et la corruption des 1% restants». En Italie, le programme est résumé ainsi: «Occupation des places publiques par les millions de personnes qui ne veulent plus payer l'énorme crise économique et sociale à la place de ceux qui l'ont causée: pouvoirs politiques industriels, économiques et financiers».

Pas d'instance centrale
Cette journée d'action fait franchir un cap important au mouvement, qui se dote désormais d'une dimension internationale. «C'était nécessaire pour pouvoir faire le poids face au pouvoir des marchés financiers qui agissent à l'échelle globale», affirme Sophie Banasiak, «indignée» parisienne.

Cependant, il n'existe aucune instance centrale pour coordonner les différentes actions. «Si le collectif Democracia Real Ya a joué un rôle moteur dans la mobilisation initiale en Espagne, il ne prend pas le dessus, que ce soit au niveau de la capitale, du pays ou du monde, explique Héloïse Nez, sociologue à l'Université Paris 13. De nombreux collectifs travaillent ensemble, mais aucune n'a l'hégémonie sur le mouvement qui se veut horizontal et égalitaire. Il n'y a pas de têtes visibles et les indignés prennent soin de changer régulièrement de porte-parole».

«Si on te demande ‘qui est derrière ça', réponds leur : ‘moi'» rétorque-t-on à ceux qui cherchent les organisateurs. La propagation d'une ville ou d'un pays à l'autre doit donc se faire spontanément, par émulation. Un processus largement facilité par les réseaux sociaux, où plusieurs mots-clés émergent, tels que «yeswecamp», «#yosoy15O», «#event15oct» ou encore «#Globalrevolution»… «Je ne sais même pas qui exactement a lancé l'idée du 15 octobre, reconnaît ainsi Spyros, supporter du mouvement OccupyLSX à Londres. On a vu cet appel pour samedi et on a été inspiré par le mouvement Occupy wall street pour faire la même chose chez nous.»

Des revendications spécifiques à chaque pays
Si les mécontents du monde entier ont trouvé des dénominateurs communs, les revendications et doléances se déclinent toujours selon les problématiques nationales. En Espagne, l'accent de Democracia Real Ya a été mis sur la réforme de la loi électorale pour en finir avec le bipartisme ainsi que sur l'arrêt des expulsions de propriétaires endettés. Dans les pays anglo-saxons, c'est principalement la finance, pointée comme responsable de la crise, qui est prise pour cible. En témoigne le nom des mouvements qui s'y développent, «Occupy Wall Street» et «Occupy London Stock Exchange (OccupyLSX)». En Israël, la mobilisation vise le logement cher tandis qu'en Italie, les indignés refusent de payer «une dette qu'ils n'ont pas contractée». Mais tous ces thèmes centraux n'empêchent pas chaque manifestant d'exprimer d'autres préoccupations. En Espagne certains pointent l'impunité autour des crimes du franquisme et aux Etats-Unis on dénonce la brutalité policière ou encore la peine de mort…

Surtout, chaque ville conserve son autonomie : l'information circule globalement, mais «les décisions, elles, se prennent au niveau des assemblées dans chaque ville, explique Sophie Banasiak. Chaque ville choisit son propre mode de décision. A Paris et à Madrid par exemple, c'est au consensus. La dimension internationale ne change rien au fait que l'essence du mouvement est locale : elle est dans la rencontre physique et le dialogue sur les places».

Source: www.lefigaro.fr

jeudi 13 octobre 2011

Pour les Espagnols, c'est l'Allemagne qui offre des "perspectives d'avenir"


MADRID CORRESPONDANCE - Devant le Goethe-Institut, de Madrid, des dizaines d'Espagnols font la queue pour s'inscrire en cours d'allemand. Depuis les déclarations de la chancelière allemande, Angela Merkel, affirmant, avant le sommet hispano-allemand de février que son pays avait besoin de travailleurs qualifiés en médecine, informatique et dans les nouvelles technologies en général, les demandes ont explosé. "Cette année, le nombre d'élèves a augmenté de 30 %, relève le directeur adjoint, Manfred Ewel. Les raisons sont économiques."

Dimas Vallina, étudiant en ingénierie aéronautique, attend son tour. Il a 19 ans, mais n'a pas de doute : son futur se jouera hors de son pays. "Je sais que j'ai plus de chances de trouver un bon travail en Allemagne. Si la situation était meilleure en Espagne, je ne partirais pas. Ce doit être dur de s'habituer au froid." "Apprendre l'allemand, c'est la garantie que si les choses tournent mal ici, je pourrai partir...", assure quant à lui Ricardo Cuesta, 50 ans, employé municipal à Madrid.

Au Goethe-Institut, les étudiants de philosophie, lettres ou sociologie ont dû laisser la place aux diplômés en architecture, ingénierie, nouvelles technologies et informatique. "Souvent, ils sont déjà sur le marché du travail mais ne trouvent pas de postes stables", note M. Ewel.

Pour satisfaire ce nouveau profil, le centre a ouvert des modules de rédaction de CV et de lettres de motivation, et organise des oraux sous forme de faux entretiens d'embauche. Il publie aussi des offres d'emplois en Allemagne et a même organisé une rencontre avec la chambre de commerce de la région du nord de Stuttgart.

"La réalité n'est pas aussi rose que ce que l'on croit avant de partir", prévient Alfonso Calderon, architecte de 32 ans, qui s'est installé à Berlin l'an dernier. Il lui aura fallu presque un an pour trouver un emploi. "Mais au moins, on peut y avoir des perspectives d'avenir."

Trentenaire et surdiplômé

Combien, comme lui, ont franchi le Rhin pour trouver une solution au chômage qui frappe durement l'Espagne ? Difficile à dire. En Europe, la libre circulation des travailleurs complique le recensement. Mais les Espagnols sont de plus en plus nombreux à partir. L'Institut national de statistiques espagnol (INE) prévoit 580 000 départs cette année, pour 450 000 entrées, nouvelles arrivées et retours.

La plupart de ceux qui partent sont des immigrés venus pendant le boom et qui rentrent chez eux une fois les prestations du chômage épuisées. Mais un sur dix est un Espagnol. Trentenaire, diplômé voire surdiplômé, qui cherche un travail intéressant et bien payé. Ce à quoi il peut difficilement prétendre en Espagne avec un taux de chômage de 21 % - et de 45 % chez les jeunes.

"Cela fait deux ans que les plus jeunes, et sans aucun doute les mieux formés, ont pris le chemin du départ", souligne le démographe et économiste Juan Antonio Fernandez Cordon, dans une tribune dans le quotidien El País.

Sandrine Morel

Source: www.lemonde.fr