vendredi 20 mai 2011

En Espagne, la «génération perdue» s'indigne dans la rue


Alors que les élections locales se tiennent dimanche de l'autre côté des Pyrénées, des milliers de jeunes organisent des sit-in dans 57 villes en bravant les interdictions. Ils protestent contre le chômage de masse et «la corruption des politiciens».

La rigueur économique, le chômage de masse et l'imminence des élections locales a provoqué, depuis dimanche dernier, l'émergence d'un large mouvement populaire parmi la jeunesse espagnole cette semaine. «Los indignados», autrement dit les Indignés, comme ils se surnomment, occupent depuis dimanche dernier la place madrilène Puerta del Sol. Le mouvement s'est répandu à travers l'Espagne sous le mot d'ordre «Toma la plaza» (Prend la place). Il est présent dans 57 villes, a compté le quotidien espagnol el Pais.

Cette mobilisation spontanée, aussi appelée Mouvement du 15 mai, s'est organisée, comme les révoltes arabes, via les réseaux sociaux en ligne Twitter et Facebook et sur le principe du «droit à s'indigner». Mercredi soir, El Pais avait dénombré 10.000 participants à Madrid. Les mots d'ordre: la mainmise des grands partis sur la vie politique espagnole, l'injustice sociale et la «corruption des politiciens». En toile de fond, un taux de chômage de 21,19%, le plus élevé de la zone euro, qui touche presque la moitié des moins de 25 ans.

«J'ai beaucoup de respect pour ces personnes qui manifestent, ce qu'ils font de manière pacifique, et je comprends bien que cela est dû à la crise économique, à leur désir de trouver un travail», a déclaré ce vendredi le premier ministre socialiste sortant Zapatero à la radio Cadena Ser. La Commission électorale a toutefois interdit les rassemblements ce week-end, la loi prohibant tout acte de propagande la veille et le jour du scrutin. Le gouvernement pourrait décider d'annuler cette décision. Il se prononcera samedi. «Cela se fera de la bonne manière, de façon intelligente, en garantissant tous les droits et après une journée de réflexion», a assuré Zapatero.

«Un cri muet»
De leur côté, les manifestants madrilènes devaient convoquer une assemblée générale pour décider de la suite du mouvement. «Nous n'avons pas encore pris de décision officielle mais je peux vous dire que je suis sûr que nous resterons sur la place demain», a déclaré vendredi Chema Lopez, l'un des porte-parole. De toute façon, «ils ne peuvent pas nous chasser à coup de pieds, les dirigeants politiques ne le permettraient pas, cela leur donnerait une mauvaise image juste avant les élections», souligne une participante.

«Nous ne voulons pas renverser les politiciens, juste les ramener au niveau des préoccupations de la rue», a expliqué à El Pais Gandara, un des porte-parole du mouvement. «Nous ne sommes ni des anarchistes, ni des opposants au système. Nous sommes justes des gens normaux.» Ils réclament une forme de démocratie participative. À minuit vendredi soir, les manifestants sont appelés à s'immobiliser dans «un cri muet», la bouche scotchée.

Source: www.lefigaro.fr

lundi 16 mai 2011

Une inculpation qui assombrit l'avenir politique de Strauss-Kahn


L'arrestation, samedi 14 mai à New York, puis l'inculpation de Dominique Strauss-Kahn pourrait donner un coup d'arrêt à la potentielle candidature à la primaire socialiste pour la présidentielle de 2012 du directeur général du FMI.

L'annonce par le New York Times de l'interpellation du patron du FMI risque de provoquer une déflagration dans la campagne présidentielle. D'abord dans le camp socialiste, où Dominique Strauss-Kahn fait figure dans les sondages de candidat favori des Français pour porter les couleurs du PS en 2012. Ensuite dans la classe politique française toute entière, dans la mesure où toutes les récentes enquêtes d'opinion le donnent gagnant face au président Nicolas Sarkozy, qui devrait se représenter l'an prochain.

Depuis son séjour à Paris fin avril, Dominique Strauss-Kahn est la cible de vives critiques d'une partie de la presse sur son train de vie et son patrimoine familial. Une photo le montrant dans une Porsche devant son domicile parisien de la Place des Vosges, a été perçue commme une faute de communication : "une maladresse", ont tempéré ses proches, un vrai faux pas, a tonné la majorité présidentielle. Vendredi, il a décidé de contre-attaquer en annonçant par la voix de ses avocats des poursuites judiciaires contre le quotidien France-Soir. Les strauss-kahniens voient dans cette campagne de presse la main du président Sarkozy.

"AVENTURE D'UN SOIR"

Avec son arrestation samedi à New York, la situation de DSK est grandement compliquée. En 2008, le FMI avait commandé une enquête sur lui à la suite d'une relation extra-conjugale avec une ancienne responsable du département Afrique, Piroska Nagy. Il avait été blanchi, mais le FMI lui avait reproché une "grave erreur de jugement". Son épouse, Anne Sinclair, une ancienne journaliste vedette de la chaîne de télévision TF1, avait été son plus fort soutien en tournant "la page" sur une "aventure d'un soir". Cette affaire n'a toutefois pas entamé sa popularité dans les sondages.

Tenu à un strict devoir de réserve en raison de ses fonctions au FMI, Dominique Strauss-Kahn est silencieux sur ses intentions pour la primaire socialiste. Jusqu'à aujourd'hui, aucun de ses amis ne doutait qu'il se déclarerait candidat, une fois passée le sommet du G8 de Deauville fin mai et après la mise en place du nouveau plan de sauvetage de la Grèce. Mais cette affaire, si les accusations se confirment, pourrait changer la donne.

L'affaiblissement de M. Strauss-Kahn profite aussi au camp présidentiel, nombre de ses responsables estimant qu'il est le candidat le plus redoutable. Certains confiaient en fin de semaine qu'il était pour eux "l'homme à abattre". Ils décrivaient le chef de l'Etat Nicolas Sarkozy comme le "challenger" de la présidentielle par rapport au "super favori" DSK. Depuis 2008 et la liaison extra-conjugale de Dominique Strauss-Kahn, la droite explique que le côté séducteur du patron du FMI est son talon d'achille.

Source: www.lemonde.fr