mercredi 21 avril 2010

Une facture à 1,7 milliard pour les compagnies aériennes


L'Association internationale du transport aérien (IATA) révise très nettement à la hausse le coût du nuage de cendres pour les compagnies aériennes. Plusieurs compagnies risquent de faire faillite.

Après avoir tablé sur des pertes sèches de 200 millions, puis 250 millions de dollars par jour pour les compagnies aériennes, l'association des transporteurs aériens a révisé à la hausse ses prévisions: le nuage leur a coûté 400 millions de dollars (300 millions d'euros) par jour, samedi et dimanche, au plus fort de la crise, a déclaré Giovanni Bisignani, le président de l'IATA (Association internationale du transport aérien), lors d'une conférence de presse à Berlin.

Autre chiffre révélateur: le coup d'arrêt du trafic aérien en Europe du Nord ces six derniers jours a engendré un manque à gagner de 1,7 milliard de dollars (1,2 milliard d'euros) aux compagnies aériennes affectées. Un chiffre qui devrait s'alourdir, puisqu'il ne prend pas en compte les frais engagés par les compagnies pour l'hébergement, la nourriture et parfois le transport par d'autres moyens de voyageurs bloqués.

L'IATA somme les gouvernements d'aider les compagnies
Giovanni Bisignani a appelé les gouvernements européens à «prendre leurs responsabilités» et à venir en aide aux compagnies aériennes, victimes d'une «force majeure, auquelle nous ne pouvons rien».

Avant que l'IATA ne relève la révision en hausse de ses chiffres, Air France avait indiqué qu'elle estimait sa perte sèche à 35 millions d'euros par jour de paralysie totale des aéroports nord-européens. De son côté, British Airways a tablé sur 15 à 20 millions de livres par jour (17 à 26 millions d'euros). La compagnie scandinave SAS, a perdu 5 à 9 millions d'euros par jour.

D'après l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI), l'impact économique de cet événement va dépasser celui des attentats du 11 septembre 2001. Une catastrophe pour le secteur aérien qui traverse depuis 2008 une des crises les plus graves de son histoire : la profession a vu son chiffre global reculer de 79 milliards de dollars, pour un déficit cumulé de plus de 11 milliards.

Des compagnies au bord de la faillite
Lors d'une interview télévisée, Giovanni Bisignani a estimé ce mercredi que plus de «cinq compagnies aériennes de taille moyenne ou de petite taille risquaient de faire faillite à cause de leur manque de liquidités».

Pour l'Association européenne des compagnies aériennes, ce sont 100 à 150 compagnies pour lesquelles «il n'est pas sûr qu'elles survivront à une ou deux semaines de suspensions».

Discussions en Europe
Le commissaire européen à la Concurrence, Joaquin Almunia, s'est dit prêt lundi à revoir ses lignes directrices en matière d'aides d'État pour les transporteurs aériens, à condition qu'elles ne soient pas discriminatoires - comme il l'avait fait après les attentats du 11 septembre 2001.

«Nous verrons dans les jours qui viennent ce que Bruxelles va décider. Rien n'interdit à l'État d'aider les compagnies dès lors que l'Union européenne l'autoriserait mais pour l'instant on n'en est pas là », a poursuivi Hervé Novelli, le secrétaire d'État au Tourisme.

La présidente du Medef, Laurence Parisot, a demandé la création d'un fonds spécifique pour les compagnies, «de manière urgente» et la mise en place de dispositifs pour les agences de voyage et les tours opérateurs

650 millions de dollars pour l'économie américaine
«Même si la sécurité doit toujours être le premier critère, les économies, en particulier celles qui se remettent de la récession, ne peuvent pas se permettre une réaction démesurée qui étouffe totalement le transit» et qui bloque «une artère aussi vitale pour l'économie mondiale», a lancé Roger Dow, le président de l'Association américaine de l'industrie du voyage.

Les perturbations aériennes de ces sept derniers jours ont coûté 650 millions de dollars (480 millions d'euros) à l'économie américaine. «Les pertes pour l'économie illustrent clairement à quel point le monde est dépendant des voyages pour le tourisme et les affaires de toutes sortes», confie l'Association.

La croissance de long terme est préservée
Des conséquences économiques à long terme ? Pour le moment, les analystes semblent pencher pour le non. «Une éruption volcanique temporaire ne devrait avoir virtuellement aucune conséquence sur l'activité à long terme», explique Jacques Cailloux, économiste à la Royal Bank of Scotland (RBS), comparant la paralysie des derniers jours à une grève de deux millions de travailleurs européens.

Au total, l'éruption du volcan d'Eyjafjallajökull pourrait avoir un impact maximal équivalent à 0,1 point de PIB, estime Jacques Cailloux.

Pour Marc Touati, l'effet pourrait même être positif en France ! A conditions que la situation se débloque rapidement. Sur les ondes de BFM radio mardi, l'économiste de chez Global Equities, note que le coup d'arrêt aérien a permis aux locations de voitures, aux cars et aux réservations SNCF de grimper. Dans les hôtels, «pour un mois d'avril normalement calme, les responsables sont ravis d'avoir rempli leurs chambres».

Si les difficultés se prolongaient, «les conséquences seraient dramatiques», relativise l'analyste. Déjà, le commerce mondial peine à tourner : les dommages collatéraux se font de plus en plus ressentir, dans une économie mondialisée qui ne peut plus se passer de l'avion.

Source: www.lefigaro.fr

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