samedi 13 juin 2009

Sarkozy veut ouvrir les lycées le week-end

Laure Daussy (lefigaro.fr)
11/06/2009 |

Le président de la République propose que les lycéens puissent gérer eux-mêmes des activités le week-end dans leurs établissements. Parents et enseignants soulignent le manque de moyens et le risque qu'il y a à laisser seuls les élèves.

Un lycée qui devienne lieu de vie pour les élèves le week-end. C'est en substance la proposition de Nicolas Sarkozy, qui a suggéré mercredi que les lycées restent ouverts aux élèves en dehors des heures de cours, en leur permettant d'y mener des activités sportives et culturelles. «Si, par exemple, le samedi des jeunes lycées se disent ‘tiens, si on allait au lycée faire tourner le ciné-club ou la salle de spectacles ou les équipements sportifs?» a-t-il lancé.

Ouvrir les lycées pendant les vacances scolaires est déjà possible, avec le dispositif «école ouverte», créé en 1991, destiné surtout aux établissements de zones socialement défavorisées, permettant aux élèves qui ne partent pas en vacances d'avoir accès à des activités extrascolaires. Au total, 735 établissements sont concernés jusque-là. Quelle serait donc la nouveauté ? Le dispositif serait étendu à l'ensemble des établissements, et ceux-ci seraient ouverts non seulement pendant les vacances mais aussi le week-end.

L'idée est de «responsabiliser les lycéens» en leur laissant «gérer les équipements sportifs», précise Nicolas Sarkozy. «Ca leur apprendra un peu à être des adultes et à respecter les équipements dont ils auront la gestion». Ce n'est pas forcément aux adultes de tout faire dans le lycée», estime-t-il. Il s'agit «d'inciter les lycéens à s'impliquer dans les associations de leur lycée», précise-t-on également au ministère de l'Education nationale. Je crois qu'on a tout intérêt à vous associer pour donner de la maturité, plutôt que de vous infantiliser en ne donnant le choix qu'entre la soumission et la rébellion»,a expliqué Nicolas Sarkozy en s'adressant à des lycéens.

«Six millions d'euros par jour»

«Un brin utopique» réagit Cathy Soulès, secrétaire générale de la Peep, fédération de parents d'élèves, interrogée par Lefigaro.fr. «Démagogique», renchérit Daniel Robin, secrétaire général du Snes-FSU, principal syndicat des enseignants du secondaire. «Les installations sportives sont soumises à des contrôles très stricts, on ne peut pas faire tout et n'importe quoi dans un lycée.» «La semaine dernière, Nicolas Sarkozy voulait transformer les lycées en camps retranchés, avec portique et mirador», ironise-t-il. «Une semaine plus tard, il veut ouvrir les lycées à tout vent».

Même du côté des lycéens, on demande la présence d'adultes, «pour encadrer en cas de problème, d'accident», souligne Masira Baraji, porte-parole de la Fidl, Fédération indépendante et démocratique lycéenne. «Ce n'est pas aux lycéens de faire le travail d'animateurs ou de coordinateurs sociaux-culturels». Ceci dit, la proposition est jugée intéressante. «Pour que le lycée ne soit pas uniquement identifié à l'échec scolaire, mais qu'il devienne aussi un lieu d'apprentissage de la vie, où les lycéens construisent leur propre projet avec des animateurs», explique le porte-parole au Figaro.fr.

Mais le risque est aussi de «mélanger les genres» fait remarquer la Peep. «En ces temps où l'on a besoin de faire respecter le lycée, il ne faut pas le banaliser, et qu'il devienne un terrain de foot ou une salle de spectacle dans la tête des élèves», souligne Cathy Soulès.

Au contraire, «il est intéressant que les lycées soient ouverts en dehors des cours» pour Jean-Jacques Hazan, président de la FCPE, principale fédération de parents d'élève, qui demande depuis longtemps ce dispositif. «Mais encore faut-il avoir les moyens de le mettre en place»,précise-t-il. Le coût serait très élevé : «de l'ordre de 6 millions d'euros par jour si l'ensemble des 2500 lycées étaient ouverts», précise Philippe Tournier, proviseur, président de la SNPDEN, syndicat des personnels de direction de l'Education, interrogé par Lefigaro.fr. Une somme qui prend en compte les salaires de dix personnes, «un minimum pour ouvrir un lycée en toute sécurité, en respectant la réglementation en vigueur».

«Est-ce bien la priorité du moment ?» lance Jean-Jacques Hazan. «Il faudrait que le gouvernement s'occupe avant tout des moyens dévolus à l'école la semaine avant de s'occuper de l'ouvrir le week-end.»

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